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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 20:30

 

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Ils ont refermé la porte avec le sentiment douloureux de ne pas avoir pu inverser la fatalité de la faillite, mais aussi la fierté de s’être battus jusqu’au bout. Vendredi 21 juin, les salariés de Virgin Megastore ont cessé l’occupation des magasins de la chaîne de produits culturels. Un nouvel accord avait été conclu la veille permettant d’améliorer les conditions du plan de sauvegarde de l’emploi.

 

Pressé d’en finir avec l’occupation, l’actionnaire principal, le fonds d’investissement Butler Capital Partners, qui avait prévu de ne rien verser, a finalement décidé d’abonder au plan à hauteur de 2,5 millions d’euros. De nouvelles réserves ont été trouvées au sein de l’entreprise, notamment  grâce au fruit des soldes de la chaîne avant sa liquidation, qui ont laissé un souvenir épouvantable aux salariés. Elles  ont rapporté en net un peu plus de 5 millions d’euros. Finalement, le plan de sauvegarde, qui était de 8 millions d’euros à l’origine, a été réévalué à 15 millions. L’intersyndicale de Virgin estime que cela représente environ 15.000 euros pour chacun des 960 salariés du groupe, pour les aider à se former, à retrouver un emploi. Le minimum pour un plan « digne et décent », ont estimé les syndicats.

 

Les difficultés de Virgin Megastore sont connues de longue date. Comme la Fnac , comme tous les magasins de produits culturels, le groupe s’est heurté à internet, à la dématérialisation des produits culturels, et d’abord de la musique, aux changements de comportement des consommateurs, aux achats en ligne et pour finir à la crise économique. Comme tous ses concurrents, le groupe a tenté de s’adapter à ces changements et, pour finir,  n’y est pas parvenu.

 

Virgin Megastore était peut-être condamné. Mais les salariés ne peuvent s’empêcher de douter: l’histoire n’aurait-elle pas pu s’écrire autrement ? Ils pointent l’engrenage fatal qui a les a conduits à la faillite.  « Nous allions incontestablement mal. Mais de nombreuses décisions qui ont été prises ces derniers mois n'ont fait qu'aggraver la situation et l'ont rendue irrécupérable », dit l’un d’entre eux.

 

Y a-t-il eu  un calendrier masqué dans la conduite de cette affaire ? La question ne peut qu’être soulevée au vu des documents internes, des courriers auxquels Mediapart a eu accès. Les dirigeants s’y préoccupent beaucoup de leur sort personnel, de leur contrat de travail, de leur bonus, de leur prime, de la façon de les faire avaliser par les actionnaires et par le mandataire judiciaire .

 

Ils semblent surtout pressés d’en finir. « Je dois impérativement être sortie le 30 juin pour inscription au chômage », écrit la présidente de Virgin, Christine Mondollot, dans un mail dès le 15 avril. A cette date, le groupe est officiellement encore en train d’examiner la candidature d’éventuels repreneurs et de chercher les moyens d’une continuation.

 

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L’équipe dirigeante de Virgin, il est vrai, n’a guère de liens avec l’histoire de Virgin. Sa présidente, Christine Mondollot, est arrivée en juin 2012.  A son arrivée, quelques membres de la direction précédente sont partis, les autres venaient juste d’arriver. Les principaux directeurs de l’exploitation, directeur des achats, directeur financier, des ressources humaines, ont entre un et dix-huit mois d’ancienneté dans la maison.

 

Christine Mondollot est la troisième présidente en quatre ans, nommée par Butler Capital Partners. Actionnaire à hauteur de 75% aux côtés de Lagardère, qui a conservé 20% et de Geoffroy Roux de Bézieux (5%), le fonds d’investissement est  fatigué de cet investissement. Spécialisé dans le redressement d’entreprises, il a investi 35 millions d’euros dans la reprise du groupe en 2008. Une affaire qui ne lui a rapporté « ni dividendes ni commissions », précise un des gérants du fonds. Le mandat de Christine Mondollot semble clair: le groupe veut sortir rapidement.

 

Indemnités de rupture

A son arrivée, Christine Mondollot présente un nouveau plan de redressement. Si avenir il y a pour Virgin, il passe par l’abandon des grandes surfaces commerciales (plus de 7.000 m2 aux Champs Elysées) au profit de magasins plus petits (600 à 700 m2), avec des produits et des services très différents. C’est le plan que la nouvelle présidente présente en août 2012. Les salariés de Virgin, qui ne vivent qu’avec des mauvaises nouvelles depuis des années, comprennent que de nouveaux sacrifices vont leur être demandés. Mais ils veulent encore y croire.

 

Dès septembre, la direction du groupe suspend le paiement des loyers commerciaux, actifs essentiels pour Virgin, et les paiements à l’URSSAF . «Il fallait préserver ce qui restait de trésorerie en attendant Noël qui est une période où nous réalisons entre 30 et 40% de notre chiffre d’affaire », explique une porte-parole du groupe. Le groupe se déclarera en cessation de paiement le 14 janvier 2013, après Noël justement. Mais le tribunal de commerce de Paris a estimé que la cessation de paiement a commencé dès septembre, au moment où Virgin a interrompu ses paiements.

 

Pendant que Virgin se débat dans les difficultés, l’équipe de direction s’occupe aussi de ses petits problèmes. La grande affaire, c’est les rémunérations. Christine Mondollot a obtenu une rémunération conséquente (fixe + bonus correspondant en année pleine à plus de 330.000 euros). Mais  ceux qui  étaient là avant n’avaient pas eu les mêmes avantages. Décision est prise d’étendre le système, afin sans doute de «s’attacher les compétences». Au moment où Virgin suspend ses paiements à l’Urssaf, la direction accorde le 3 septembre 2012 à un de ses membres de la direction un contrat de travail revisité. La rémunération est augmentée. Il est adjoint un bonus équivalent à 20% du  salaire annuel. « Pour la première année, votre prime sera garantie à hauteur de 50% ». « Par ailleurs, en cas de rupture de votre contrat de travail, pour un motif autre qu’une faute grave (…) vous pourrez prétendre au versement d’une indemnité de rupture égale à 100.000 euros ».

 

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Le paiement de ces bonus sera un sujet de préoccupation après le déclenchement de la procédure judiciaire. Car Virgin n’a plus d’argent et tout est sous contrôle de l’administrateur judiciaire. Mais un contrat de travail est un contrat de travail. Les dispositions accordées, même si elles l’ont été tardivement, seront respectées. « Nous paierons les bonus des salariés Virgin fin mars, via les AGS », écrit la présidente de Virgin le 28 février dans un mail adressé à l’actionnaire et à des membres de la direction. En d’autres termes, c’est le système social collectif  de garantie des salariés qui prend en charge les bonus accordés aux responsables de Virgin. Cela ne semble poser de problème à personne.

 

Le souci de la présidente de Virgin dans ce mail est  de s’assurer le paiement de son propre bonus. « Mon contrat stipule que j’ai la moitié du bonus annuel  qui est garanti. (… ) Pour la bonne forme, je demande à L. de confirmer son ok et à N. de passer ceci à la paie  sur la société Virgin holding. »  Le 11 mars, elle revient sur le sujet « J’ai envoyé à A. le mail de L. qui confirme ma demande de bonus 2012 qui correspond à mon contrat(…) merci de me confirmer que le bonus est bien dans les tuyaux pour ce qui me concerne », écrit-elle.

 

Pour plus d’assurance sur l’avenir, la direction financière de Virgin a transféré en octobre ou novembre 2012 des fonds à la holding du groupe, VSSA Holding, structure de contrôle du groupe mais qui n’est pas concernée par un éventuel redressement judiciaire, afin d’assurer le paiement des rémunérations de quelques membre de la direction- la présidente, la trésorière, etc.-  jusqu’à la fin. Le tout avec l'assentiment de l’actionnaire principal Butler Capital Partners. Le système sera reconfirmé par la suite par le mandataire judiciaire, Gérard Philippot. 

 

Interrogé sur cette pratique inhabituelle, le fonds d’investissement nous a répondu par écrit: « Il existe depuis la création de la société VSSA Holding (qui rémunère des personnes, dont le Président du directoire, au titre également de leurs fonctions dans Virgin Stores et ses filiales) une convention de services entre VSSA Holding et Virgin Stores. Au titre de cette convention Virgin Stores règle les sommes dues à VSSA Holding .(…). Il est également important de noter que la société Virgin Stores était en mandat ad hoc à l’automne 2012 et que toutes les opérations, notamment, entre Virgin Stores et VSSA Holding ont bien sûr été réalisées à la connaissance de ce mandataire ad hoc. »

 

Primes de rétention

A partir de la cessation de paiement, la direction sait que les jours de Virgin sont comptés. Si le groupe Pinault ne trouve personne pour reprendre la FNAC et n’a plus comme unique solution que de mettre le groupe de distribution en Bourse pour s’en débarrasser, quel repreneur pourrait être intéressé par Virgin, encore plus mal en point ? D’autant que les propriétaires de nombre des murs – banques ou fonds- ne sont prêts à aucune concession ou rabais. Le fonds qatari QIA a fait ainsi en décembre une proposition pour reprendre le bail commercial du magasin des Champs Elysées pour 19 millions d’euros. Sans plan d’accompagnement social, cette offre a été refusée par le comité d’entreprise.

 

Fin janvier, la direction se propose donc de mettre en place «  une prime de rétention » correspondant à 20% de salaire annuel pour un certain nombre de cadres et de dirigeants, qui vient naturellement s’ajouter aux indemnités de départ prévues contractuellement.  « Nous souhaitons nous attacher votre collaboration pour les … prochains mois à venir et à cet effet vous proposons de vous verser une prime de rétention d’un montant brut : 20% du salaire annuel de base. En contrepartie de laquelle vous vous engagez à ne pas quitter la société avant le 30 juin 2013 (…) Le versement de cette prime aura lieu à échéance convenue soit le 30 juin» est-il écrit dans le modèle type mis en ligne. 

 

 

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Et il est à nouveau question de 30 juin. Pourquoi cette date apparaît-elle si importante dans tous les documents ? Y avait-il quelque engagement avec des parties tierces, supposant que Virgin ait clos ses portes à cette date ? Le fonds avait-il quelque échéance impérative ? Ni Butler Capital Partners ni le groupe n’ont répondu directement à ces questions. « Le seul aménagement à la connaissance de l’Assemblée Générale lié à la date du 30 juin est lié à la révocation du mandat de Madame Mondollot en date du 3 juin 2013, qui s’est bien entendu fait sous le contrôle de l’Administrateur Judiciaire Maître Philippot, et correspond à la fin prévisible de la période de redressement judiciaire (cf dates de jugement attendu en juin 2013) », répond par écrit le fonds d’investissement.

 

Une dizaine de cadres et de membres de la direction, à notre connaissance, bénéficient de ces primes de rétention. « C’est un dispositif habituel dans le cadre d’un redressement judiciaire. Il y a des personnes clés dont  le groupe a besoin de s’attacher les services pour continuer à fonctionner. Avant d’éviter qu’ils ne partent, il leur est proposé une prime »,explique la porte-parole du groupe. Butler Capital Partners assure tout ignorer de ce dispositif. Il a cependant été validé par l’administration judiciaire. Ces primes de rétention seront payées, bien que Virgin soit désormais en liquidation, nous a confirmé la porte-parole du groupe. Ce dispositif est au cœur d’un différend entre la directrice des ressources humaines, partie en fin mars, et la direction. L’affaire est désormais aux prud’hommes.

 

Mais qui paiera pour ces engagements supplémentaires? Virgin est totalement asséché. Au moment de la liquidation, le passif s’élève à 180 millions d’euros. La plupart des actifs de valeur ont déjà été vendus par l'actionnaire: le Furet du Nord, la grande librairie de Lille, dès 2008, les magasins dans les gares en 2010 et les filiales internationales en 2012.  Ce qui reste est estimé à une petite quarantaine de millions d’euros. Et encore.

 

Car  tous ceux qui pourraient être intéressés par la reprise des morceaux de Virgin ont compris qu’ils pouvaient négocier à prix cassé. Ainsi, le fonds qatari, qui offrait 19 millions d’euros en décembre pour le bail commercial, n’en propose plus que 8 ou 9 millions aujourd'hui. Son offre est appelée à diminuer d’un million chaque mois, en compensation des loyers impayés. La liquidation de Virgin risque donc d’être très perdante. Le système collectif de garantie des salaires pourrait à nouveau  être appelé à la rescousse, pour honorer les engagements pris.

 

"Démontrer l'absence de moyens financiers"

Soucieuse de son avenir, la présidente de Virgin négocie aussi pour elle-même. «J’ai un mandat sans limite mais j’ai un contrat parachute qui doit être renégocié au vu de l’état de la société. C’est ce que je fais mercredi avec M. Phillipot. Mais il s’agit des conditions de sortie fin juin. (…) je vous tiens informés de ce qui est décidé», écrit-elle à plusieurs membres de la direction le 11 mars. «J’ai oublié de vous dire que Walter Butler et L. P. sont d’accord pour signer un avenant avec 6 mois d’indemnités. Je prépare le doc, leur fais signer et vous me direz à qui je devrai (le)  donner », prévient -elle le 23 mars.« OK pour l’ordre du jour en ajoutant un point sur un projet d’avenant au contrat de mandat de Christine », répond Butler Capital partners le 4 avril.

 

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Pendant que chacun organise le futur, un premier plan de sauvegarde de l’emploi commence à être négocié pour les 960  salariés de Virgin. Un cabinet d’avocats supplémentaire a été adjoint pour travailler sur ce projet, sur recommandation de l’administrateur judiciaire. Ses recommandations sont assez surprenantes : ">« L’objectif est de démontrer l’absence de moyens financiers de la société Virgin Stores en raison de sa situation financière actuelle et prévisible. Je vous laisse le soin de compléter, de supprimer et /ou ajouter tout élément que vous jugeriez utile visant à démontrer les moyens limités dont disposent la société Virgin Stores et ses filiales au financement de mesures d’aides au reclassement des salariés »,écrit-il en complément de la première version du plan de sauvegarde de l’emploi , le 9 avril.

 

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Ce n’est qu’après des semaines de bagarres et une occupation des magasins, que les salariés de Virgin ont obtenu une amélioration de leurs conditions de licenciement et de reclassement. La présidente de Virgin est sur le départ, comme prévu. Au 30 juin, elle aura juste un an d’ancienneté, ce qui lui donne droit à toutes les prestations de chômage. Selon des rumeurs insistantes, elle devrait être embauchée au Printemps, en cours de rachat par les Qatari, pour mener à bien la restructuration prévue(voir le plan social qui se cache derrière le rachat par le Qatar).Celle-ci a fait démentir l’information par l’intermédiaire de la porte-parole du groupe.

Boite Noire  : Butler Capital Partners a répondu à nos questions par échange de mails. Christine Mondollot n'a pas répondu directement à nos appels et à nos mails. Une porte-parole du groupe Virgin a répondu à sa place. Gérard Philipport, administrateur judiciaire chargé de superviser l'enseigne depuis sa mise en cessation de paiement, n'a répondu ni à nos appels ni à nos questions adressées par mail.

 

 

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Published by blogcgtvirgin - dans Presse
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